GreenTech Forum 2025 : mon retour d’expérience

Il y a quelques semaines, j’ai eu la chance de participer au GreenTech Forum. Un évènement ayant lieu à Paris, au Palais des congrès le 4 et 5 novembre 2025 autour du numérique responsable. Ce forum est un rendez-vous incontournable qui rassemble les différents acteurs de la Tech afin de partager les constats, les actions mises en place pour faire du numérique un domaine plus responsable.
Dans cet article, je vous présente quelques conférences et ateliers auxquels j'ai pu assister ainsi que quelques notes que j'ai pu prendre sur celles-ci. Il ne s'agit pas du contenu exhaustif mais des quelques éléments que j'ai pu noter dans mon petit carnet qui me semblaient intéressant de retenir durant ces deux jours. Les notes partagées ici sont des extraits subjectifs et partiels, pris sur le vif lors des conférences. Certaines données ou interprétations peuvent comporter des approximations : je vous invite à les croiser avec d’autres sources ou à me signaler toute incohérence. L’objectif est avant tout de partager des pistes de réflexion, pas un compte-rendu exhaustif.
Pourquoi participer à cet évènement ?
Depuis quelques années maintenant, je m’intéresse de plus en plus aux impacts que mon métier peut apporter sur les sociétés ainsi que sur l’environnement. J’avais envie d’en apprendre davantage sur les pratiques mises en place par les entreprises aujourd’hui et des grands sujets qui animent l’idée d’être plus responsable dans les usages et les pratiques du numérique. C’est un sujet qui me tient de plus en plus à coeur et qui fait sens pour beaucoup de personnes mais qui est souvent relayé au second plan de mon point de vue. Participer à ce forum est donc une occasion de pouvoir d’une part identifier les actions et les méthodes à mettre en place pour améliorer notre impact du numérique (au quotidien ainsi que dans ma vie professionnelle), ainsi que de voir que d’autres personnes sont également sensibles à ce sujet.
Avant d’y aller, je m’étais fixé quelques objectifs :
- Découvrir les dernières pratiques et innovations en matière d’éco-conception, d’intelligence artificielle sobre, de gouvernance des données et de sobriété numérique.
- Échanger avec des experts, chercheurs et acteurs engagés sur ces sujets
- Echanger sur les pratiques à mettre en place pour proposer d'inclure ces sujets importants dans les futures équipes avec lesquelles je pourrais travailler.
Le forum
Le forum avait lieu au Palais des congrès à Paris. Le salon était vraiment bien organisé, les différentes salles étaient très bien indiquées et l'accès aux conférences et ateliers super fluide. Le programme de ces deux jours était assez dense avec beaucoup de sujets très intéressants.
Plénière d'ouverture
Pour débuter le forum, j’ai assisté à la plénière d’ouverture, qui portait sur le thème suivant : « Dans le contexte international actuel, comment porter une ambition forte pour un numérique éco-responsable tout en agissant pour la compétitivité de l’Europe ? ».
Plusieurs acteurs du numérique et de la transition écologique sont intervenus : Barbara Pompili (ambassadrice déléguée à l’Environnement, ancienne ministre de la Transition écologique et députée), François Gemenne (politologue et chercheur, co-auteur du sixième rapport du GIEC), Ophélie Coelho (chercheuse, autrice et conférencière en géopolitique du numérique), ainsi que Christian Cor (administrateur chez Numeum).
Lors de cette plénière, un sujet important a été mis en avant : la compétitivité alliée au numérique responsable. Il a été souligné qu’il était indispensable de ne pas aller à l’encontre du progrès technologique (avec une référence directe à l’IA) et de continuer à développer les pratiques d’éco-conception. L’émergence de l’IA ces dernières années a fait resurgir des questions de croissance et de compétitivité, qui avaient été un peu mises de côté dans les éditions précédentes. Aujourd’hui, le contexte actuel semble reléguer le numérique responsable au second plan. Il était alors urgent de se poser la question de la place de la compétitivité tout en restant responsable dans les usages.
Il a été dit qu’il était essentiel de continuer d’agir, de s’informer, de se former et apprendre à rendre le numérique plus responsable dans ses usages. Se poser ces questions aujourd’hui est un signe de volonté pour l’avenir. Dans un monde où les ressources sont limitées et où les tensions énergétiques s’accentueront, développer une expertise dans ce domaine sera essentiel.
Quelques sessions et ateliers que j'ai pu suivre
GreenOps : un accélérateur de valeur pour les services IT managés
Matthieu Herbet (Head of Alliances,Sopht) et François Menu (Technology Sustainability Senior Manager ,Accenture)
Dans cet atelier, Matthieu et François nous ont mis en évidence la démarche GreenOps au coeur des services IT managés. En rappelant des concepts clés, des retours d'expérience concrets et des pistes d'optimisation énergétique sur l'utilisation de services managés en entreprise. Proche du FinOps, le GreenOps combine réduction des coûts et décarbonation. Les clients exigent désormais des critères RSE stricts dans leurs appels d’offres, avec un poids croissant du numérique responsable dans leur notation. Il a été mentionné que le cloud public, moins émetteur qu’un data center local, voit son impact carbone varier selon les régions (ex. : Singapour vs France/Suède, avec des écarts de x10 à x20). Malgré un surcoût initial de 15 à 20% (formation, outils, changement de pratiques ) dans la mise en place de démarches GreenOps, les économies atteignent 20 à 60% grâce à l’optimisation (scheduling, downsizing, migration vers des régions bas-carbone).
Le choix de la région de déploiement des applications se montre déterminant dans la consommation énergétique, en effet l'énergie utilisée dans certaine régions à une origine plus carbonée (centrale à gaz ou charbon). En France l'énergie électrique est plutôt décarbonnée, ce qui permet d'améliorer l'impact carbone des applications. En substance l'atelier a aussi mis en évidence l'interêt dans un futur encore plus responsable de permettre de rendre les applications CarboneAware : une application consciente de la grille énergétique des différentes régions, permettant de basculer les workloads vers des zones moins carbonées.
IA et numérique responsable, une équation impossible ?
Gregory LEBOURG (Global Environmental Director,OVHcloud)
Lors de cet atelier Grégory d'OVHCloud a abordé les défis de mesurer l’impact environnemental de l’IA, révélant des écarts méthodologiques majeurs entre acteurs.
Par exemple, Mistral AI a entreprit en 2025 une meilleure transparence en terme de communication sur les impacts environnementaux et affiche 1,14 gCO₂/prompt et 45 mL d’eau, contre 0,03 gCO₂ et 0,26 mL pour Google AI : une différence expliquée par des biais méthodologiques (Scope 3 mal intégré, impacts indirects sur l’eau ignorés). L’absence de méthodologie commune peut rendre les comparaisons hasardeuses.
Côté infrastructures, les gains d’efficacité s’essoufflent : le move to cloud a permis une gestion plus industrielle, mais le PUE (voir lexique) (1,12-1,15) et le WUE (voir lexique) (0,10 L/kWh) atteignent leurs limites. OVH mise sur des serveurs conçus pour une 2ᵉ ou 3ᵉ vie (25 % réutilisés en interne, 50 % revendus en pièces détachées, 25 % recyclés), notamment pour les GPU/CPU utilisés en IA.
Pourtant, la croissance organique du cloud pourrait tripler la consommation énergétique d’ici 2030, un scénario que Grégory a nuancé, soulignant l’absence de progrès algorithmiques et les risques de bulle (accès aux capitaux, limites énergétiques).
Plusieurs solutions évoquées pour limiter les impacts de l’IA dans les prochaines années :
- Refroidissement : privilégier les échangeurs secs (sans évaporation d’eau).
- Sobriété : repenser les modèles d’IA pour réduire leur empreinte eau/énergie.
- Économie circulaire : réemploi des composants, même pour l’IA (réemploi des GPU comme fait pour les CPU)
Lien vers la contribution de Mistral AI sur les données environnementales
Innover votre IT en restant Green : quel masque portez-vous ?
Baptiste Macé (Software crafter - Green IT specialist,Arolla)
L’atelier soulève une question clé : dans un projet IT, qui porte vraiment la responsabilité écologique ? Aujourd’hui, entre les attentes utilisateurs, les contraintes métiers et les habitudes techniques, la RSE est souvent la grande oubliée. Le polygone de l’inaction se dessine : DevOps, Dev, QA, SRE, FinOps… chacun suit le processus, mais personne ne remet en cause l’utilité ou l’impact des nouvelles fonctionnalités. Pourtant, dire "non" à une feature superflue ou énergivore, c’est déjà innover. L’enjeu ? Intégrer la sobriété dès la conception, sans attendre. Cela passe par des postures claires : empathie pour comprendre les impacts, pragmatisme pour agir sans dogme, responsabilité pour assumer ses choix. L’idée n’est pas de tout révolutionner, mais de questionner systématiquement. Concrètement, cela signifie :
Impliquer tous les métiers (y compris les utilisateurs) dans une démarche collective. Mesurer l’impact avec des outils simples (EcoIndex, GreenFrame). Instaurer des rituels : un "sprint sobriété", une revue de code axée low-tech, ou même un rôle tournant de "référent RSE" en équipe.
Innover en restant Green, c’est accepter que la technologie ne doit pas toujours "faire plus", mais parfois "faire mieux avec moins". Et ça commence par se demander : quel masque je porte aujourd’hui ?
4ème édition du Baromètre de l'Éco-Conception Digitale : l'empreinte du numérique hors de contrôle à l'ère de l'IA ?
Charlotte DOLLOT (Directrice Générale,Razorfish) et Fréderic BORDAGE (Fondateur,GreenIT.fr)
Lien vers le communiqué Razorfish x GreenIt

État des lieux de l'éco-conception des sites web en France
L’étude évalue les 40 sites du CAC40 ainsi que les 50 plus grands sites e-commerce français. Les résultats révèlent une situation préoccupante. Le score moyen à l’EcoIndex n’est que de 25 sur 100, ce qui correspond à une note E sur une échelle allant de A à G. Ce score recule de 5 points en un an, ce qui traduit un recul mesuré des pratiques de sobriété numérique.
Les pages web, notamment e-commerce, se sont complexifiées : augmentation du DOM, du poids des pages, accumulation de dépendances front. Ce qui aggrave mécaniquement l’empreinte environnementale. Pour donner un ordre de grandeur : 1 milliard de pages vues sur ces sites équivaut à 1,5 million de litres d’eau et 100 000 kg de CO₂. = 44 500 pintes de bière, 2 millions de trajets métro ou 9 millions de km en vélo électrique.
IA agentive vs IA générative : des impacts environnementaux contrastés
Les travaux présentés mettent en lumière une différence majeure entre IA générative et IA agentive. Les IA agentives (c’est-à-dire celles qui réalisent de multiples recherches web externes pour produire une réponse) peuvent, dans certains cas d’usage, aller jusqu’à x60 d’impact par rapport à une IA générative “classique”. Ce différentiel provient non pas de la génération du texte, mais de la multiplication des requêtes réseau vers des tiers.
Le public n’a aujourd’hui qu’une conscience très faible de ces différences d’architecture. Certaines IA comme Perplexity travaillent à limiter le nombre de requêtes externes, mais ces approches restent encore marginales.
Débat et perspectives : transparence, réglementation et sobriété numérique
La table ronde a réuni des intervenants issus de divers horizons : l'ADEME, les médias, le monde associatif et le droit. Plusieurs points clés ont été soulevés. Tout d'abord, le manque de transparence des acteurs de l'IA concernant leurs consommations des ressources et leurs impacts environnementaux a été dénoncé. Ensuite, l'absence de cadre légal fort pour encadrer ces impacts a été soulignée comme un obstacle majeur à une régulation efficace.
Bien que l'IA puisse contribuer à la transition écologique, notamment en permettant des études plus poussées sur la sobriété numérique, elle ne suffira pas à résoudre la crise environnementale à elle seule. Les participants ont insisté sur la nécessité de sensibiliser le public et d'agir concrètement pour réduire l'impact du numérique.
Un décalage persiste entre les préoccupations environnementales, qui touchent une grande partie de la population indépendamment des sensibilités politiques, et la croissance continue de l'adoption de l'IA. Ce fossé entre les enjeux écologiques et les pratiques réelles pose question et appelle à une prise de conscience collective.
Conclusion : l'urgence alliée à l'opportunité d'agir pour un numérique plus responsable
Les différents travaux présentés au cours de ce forum ont été riches d’enseignements, mais aussi de constats parfois préoccupants. L’avènement de l’intelligence artificielle, s’il marque une nouvelle ère du numérique, soulève des questions fondamentales sur nos usages, nos priorités et nos responsabilités collectives. Être favorable à un numérique responsable ne signifie pas revenir en arrière ou freiner l’innovation. Au contraire, c’est réinventer la manière dont nous concevons, développons et utilisons la technologie pour qu’elle serve durablement les humains et la planète.
A travers ce forum, il m'a été permis de rencontrer et d'échanger avec des acteurs engagés sur ces sujets. J’ai aussi pu découvrir des pratiques permettant de mieux répondre aux enjeux associés, et repartir avec davantage de clés pour sensibiliser et partager autour de l’importance d’un numérique plus responsable.
Je repars de cette expérience avec une motivation renouvelée à agir pour un numérique plus responsable et humain, et je tiens à remercier chaleureusement les organisateurs, intervenants et participants du GreenTech Forum pour la richesse des échanges et des inspirations partagées.
Lexique rapide
PUE (Power Usage Effectiveness) : Indice mesurant l’efficacité énergétique d’un data center (ratio entre l’énergie totale consommée et celle dédiée aux équipements IT). Un PUE proche de 1 indique une meilleure efficacité.
WUE (Water Usage Effectiveness) : Indice évaluant la consommation d’eau d’un data center (litres d’eau utilisés par kWh d’énergie consommée). Crucial pour les régions soumises à un stress hydrique.
Scope 3 : Catégorie d’émissions de gaz à effet de serre indirectes d’une entreprise, liées à sa chaîne de valeur (fournisseurs, transport, utilisation des produits, etc.). Souvent la plus complexe à mesurer, mais pouvant représenter jusqu’à 80 % de son empreinte carbone totale.